Ménopause: Mon mari mâche trop fort.

Je vais te confesser quelque chose. Quelque chose que je n’ai dit à personne. Ni à mon médecin. Ni à ma psy. Pas même à mes amies les plus proches, celles avec qui je partage pourtant les secrets les plus inavouables de la midlife.
Depuis quelque temps, mon mari mâche trop fort.
Bon, soyons honnête, objectivement il mâche normalement.Comme un être humain normal mange normalement.Comme il a mangé pendant toutes ces années sans que ça me pose le moindre problème.
Mais là.
Je l’entends. Je l’ENTENDS. JE N’ENTENDS PLUS QUE CA…
Ce bruit sourd et humide des molaires qui broient.Qui réduisent méthodiquement chaque bouchée en bouillie avec une efficacité que je ne peux qu’admirer à contrecœur.
Ce son qui part de sa bouche, traverse la table, remonte le long de ma colonne vertébrale et s’installe directement dans mon cerveau comme le locataire du dessus qui a un parquet qui craque.
Crunch. Crunch. Crunch. Tel un herbivore qui mâche son foin.
Régulier. Implacable. Inexorable.
Je respire: (Sylvie, inspire par le nez, expire par la bouche).Je prends une gorgée d’eau.Je regarde par la fenêtre.Je me demande si on peut divorcer pour incompatibilité masticatoire.
Mais à l’intérieur c’est Apocalypse Now.
Et ce n’est pas que la mastication.
Oh non. Ce serait trop simple.
Il y a celui qui se racle la gorge.Une fois.Deux fois.Sept fois.Comme si une miette rebelle avait pris son gosier en otage et que les négociations traînaient en longueur.
Celui qui respire trop fort.Pas parce qu’il est essoufflé.Juste parce qu’il respire. Trop. Fort.Comme s’il doublait la bande sonore de “psychose”
Celui qui renifle.Tu sais lequel.Celui du train. Celui de la réunion. Celui qui est assis juste à côté de toi.Toutes les trente secondes. Avec une telle régularité que ton cerveau compte les secondes entre chaque reniflement.
Et le bruit de fond qui sort des écouteurs de mes garçons.Ce tssss tssss tssss continu.Ce fantôme de musique qui n’est ni assez fort pour être identifié ni assez faible pour être ignoré.Juste là. Présent. Insistant. Comme une mouche contre une vitre.
On ne dit rien.On serre les dents.On sort de la pièce avec un prétexte bidon.On souffre en silence parce qu’on a peur de passer pour une hystérique.
La bonne nouvelle.
Ce que tu vis a un nom. Et ce nom n’est pas “je suis folle”.
C’est la misophonie. Une hypersensibilité à certains sons qui déclenche une réaction émotionnelle intense. Irritation, anxiété, envie de fuir ou de crier. Avec même une brêve pensée de meurtre style “meutres zen”.
Et figure-toi que cette sensibilité s’intensifie souvent en périménopause et ménopause.
Pourquoi ? Parce que les fluctuations hormonales — notamment la baisse d’œstrogènes — affectent directement notre système nerveux. Notre seuil de tolérance aux stimuli sensoriels diminue.
On entend plus fort.On ressent plus fort.On réagit plus fort.
Ce n’est pas de la folie.Ce sont tes hormones qui ont décidé de te transformer en détecteur de sons ultra-sensible digne d’une installation militaire.
Ce que j’ai appris à faire.
Premièrement: nommer la chose. La misophonie c’est réel. Ce n’est pas dans ta tête. Enfin si, c’est dans ta tête, mais c’est neurologique, pas imaginaire.
Deuxièmement: Tester la communication non-violente. Du genre : "Chéri, quand tu te racles la gorge pour la huitième fois je ressens une envie irrépressible de déménager au Tibet."
Troisièmement: prendre soin de ton système nerveux. La méditation, le yoga, la cohérence cardiaque, un bon bain, une balade en forêt, etc. Tout ce qui régule le système nerveux aide vraiment à baisser ce volume intérieur.
Quatrièmement : investir dans une paire d'écouteurs à réduction de bruit active. C'est l'investissement le plus rentable de la ménopause. Devant le collagène et la pince à épiler. Et c'est dire.
Et toi, c’est quoi le bruit qui te rend folle depuis la ménopause ?
Con amor,
Sylvie

































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