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Et si la ménopause était une initiation?

il y a 5 jours
6 min de lecture



La première fois qu’on t’a parlé de la ménopause c’était qui ? Et qu’est-ce qu’on t’en a dit ?

Certainement pas ta mère. Ni ton gynéco lorsque tu es allé le trouver parce que tu te sentais bizarre à 40 ans.

Une liste. Dans un cabinet. Sur une notice. Dans un magazine entre deux pubs de crème anti-âge.

Bouffées de chaleur. Insomnies. Prise de poids. Sécheresse. Sautes d’humeur.

Ces symptômes ils existent. Je ne vais pas te dire le contraire. Certaines les vivent intensément. D’autres à peine. Mais on les vit toutes d’une façon ou d’une autre.

Ce qui m’a frappée, c’est qu’on nous parle toujours de ce qu’on perd. Jamais de ce qu’on traverse. Encore moins de ce qui attend de l’autre côté.

En creusant, j’ai découvert que d’autres cultures avaient un regard radicalement différent sur cette période. Pas une chute. Pas une fatalité. Ni une déchéance comme on nous la présente en occident, mais un passage. Une élévation. Quelque chose qui ressemble étrangement à une initiation.



Ce que d’autres cultures ont compris.

Dans les traditions celtiques, il existait un archétype: la Crone.

La troisième face de la déesse, après la Jeune Fille et la Mère. La femme traversait trois grandes phases de vie. La Jeune Fille — la nouveauté, le printemps, le potentiel. La Mère — la création, la force nourricière. Et la Crone — la sagesse, la puissance intérieure, toute la connaissance accumulée au fil des années et des épreuves.

La Crone c’est la femme qui a tout traversé. Qui a aimé, perdu, souffert, créé, donné. Et qui de l’autre côté de tout ça n’a plus peur de grand chose.

Elle n’était ni crainte ni mise de côté. Elle était respectée. Consultée. Celle qui voyait ce que les autres ne voyaient pas encore.

C’est notre société patriarcale qui a transformé cette figure puissante en sorcière repoussante. Précisément parce qu’une femme sage et libre qui n’a plus rien à prouver ça dérange.

Chez les peuples amérindiens, la femme ménopausée devenait l’égale de l’homme et bien plus. Sa parole avait le poids de toutes les années vécues. On l’écoutait vraiment. Pas par politesse. Par respect.

Au Japon, il n’existe même pas de mot pour dire ménopause. La cessation des règles est englobée dans le terme “ konenki “ qui désigne simplement le passage vers une nouvelle saison de vie. Pas une maladie. Pas un déclin. Une transition naturelle et attendue.

Dans toutes ces cultures, la femme qui traversait la ménopause n’était pas vue comme quelqu’un qui perdait quelque chose. Elle était vue comme quelqu’un qui accédait à quelque chose. Un niveau de compréhension. Une profondeur de regard. Une liberté intérieure que seules les années — et les épreuves — peuvent donner.


Mon expérience de thérapeute.

Et moi, en tant que femme et thérapeute, cette découverte m’a profondément questionnée.

Parce que j’accompagne des femmes dans leur transformation depuis des années. Je vois ce que la ménopause fait — vraiment fait — à l’intérieur. Les doutes. Les résistances. Cette impression de perdre pied sans savoir pourquoi.

Et j’ai commencé à me demander comment je pouvais traverser cette période autrement que ce que notre culture m’avait fait croire ?

Comment en faire une initiation plutôt qu’une fatalité ?

C’est là que j’ai commencé à regarder mes propres symptômes différemment. Pas comme des ennemis à combattre. Mais comme des signaux. Des messages. Des portes vers quelque chose que je n’avais pas encore regardé en face.

Ce que je te partage ici, c’est cette lecture-là. Personnelle et non pas médicale. Juste une invitation à regarder autrement ce que ton corps essaie peut-être de te dire. Et j’avais envie de te la partager aujourd’hui.


Et si tes symptômes te parlaient ?

La prise de poids. 

Le corps change. Et avec lui — souvent — une bataille intérieure qui s’installe.

Nos émotions agissent directement sur nos hormones. Et nos hormones sur notre corps. La prise de poids parle souvent d’une faim qui n’est pas une faim de nourriture. Une faim d’être vue. Reconnue. Aimée sans condition. Elle parle aussi d’une peur : celle de prendre trop de place ou au contraire de ne pas en prendre assez. D’une difficulté à dire non et donc d’avaler ce qui ne nous convient pas. Littéralement.

Et si cette invitation était de se demander : de quoi ai-je vraiment faim ? Dans quel aspect de ma vie est-ce que je veux prendre plus de place ? Qu’est-ce que j’avale en silence depuis trop longtemps ?

Les insomnies. 

3h du matin. Les yeux grands ouverts. Le cerveau qui tourne en boucle.

Le corps refuse de continuer comme avant. Il impose une pause, même quand on n’en veut pas. Même quand on résiste. Même quand on a mille choses à faire demain.

Ces nuits sans sommeil parlent souvent de ce qu’on évite de regarder en face le jour. De ce qui cherche à être entendu et qu’on n’entend pas encore. Elles parlent aussi d’une transition, ce moment entre deux versions de soi où on ne sait plus très bien qui on est.

Et si c’était une invitation à se demander : qu’est-ce que j’évite de regarder en face ? Qu’est-ce que je dois arrêter ? Qu’est-ce que le silence de la nuit essaie de me dire quand tout le monde dort ?

La sécheresse vaginale. 

Imagine une terre qui n’a pas été arrosée depuis trop longtemps. Pas malade. Juste asséchée. Qui a oublié ce que ça fait d’être nourrie.

La sécheresse vaginale arrive quand le taux d’excitation n’est pas suffisamment élevé. C’est une façon pour notre corps de dire — sans détour — ce n’est pas ça qui m’intéresse. Pas seulement dans la sexualité. Dans la vie entière. Dans ce qu’on fait. Dans ce qu’on accepte. Dans ce qu’on s’impose sans se demander si ça nous nourrit vraiment.

C’est le corps qui réclame plus de temps. Plus de lenteur. Plus de présence à soi-même. Moins de performance. Moins de précipitation. Moins de faire pour faire.

Et si c’était une invitation à se demander : qu’est-ce qui m’excite vraiment dans ma vie ? À quoi ai-je renoncé sans m’en rendre compte ? De quoi ai-je besoin pour me sentir vivante, vraiment vivante ?

L’ostéoporose. 

Progressivement — sans qu’on le voie — ce qui nous structure de l’intérieur perd de sa densité. Pas de façon spectaculaire. Pas de façon visible. Juste en dedans. Quelque chose qui se fragilise doucement.

Symboliquement l’ostéoporose touche bien plus que les os. Elle touche toute notre structure intérieure. Ce sur quoi on s’est construite depuis toujours: les croyances héritées, les rôles acceptés, les définitions de soi qu’on n’a jamais vraiment choisies.

Elle parle de dévalorisation. Cette femme qui a consacré des années à ses enfants ou à son travail, à son couple, aux autres et qui se retrouve un jour avec cette question vertigineuse : à quoi je sers maintenant ? Ce n’est pas qu’une question de mères. C’est la question de toutes les femmes qui ont construit leur valeur en dehors d’elles-mêmes.

Parce que la vraie question n’est pas “à quoi je sers ?” C’est “qui suis-je en dehors de ce que je fais pour les autres ?”

Et si c’était une invitation à revisiter les fondations sur lesquelles on s’est construite ? Sur quelles croyances ai-je bâti ma vie et lesquelles sont vraiment les miennes ? Quelle est ma valeur en dehors de mon utilité ? Comment est-ce que je prends soin de ma féminité — pas de celle qu’on attend de moi — mais de la mienne ?


Ce qui meurt.

Quelque chose meurt pendant cette période (pas nous, rassurons-nous tout de suite).

Quelque chose de plus profond. Tout ce qui devait mourir pour que quelque chose de nouveau puisse naître.

Comme la terre en hiver qui semble morte, figée, silencieuse, mais qui en réalité prépare en secret ce qui va germer au printemps.

Ce mouvement-là on ne le choisit pas. Il arrive. Parfois doucement. Parfois de façon déstabilisante.

On pleure sans savoir pourquoi. On se sent étrangère à sa propre vie. On ne reconnaît plus celle qu’on était et on ne sait pas encore qui on devient.

C’est inconfortable. C’est déroutant. Et c’est exactement là où tout commence vraiment.


Ce qui naît.

De l’autre côté, il y a une femme qu’on ne connaît pas encore.

Elle n’est pas parfaite. Elle n’a pas toutes les réponses.

Mais elle est différente.

Elle a appris à reconnaître ce qui la nourrit et ce qui la vide. Elle a arrêté de rétrécir. Elle a arrêté d’attendre la permission. Elle s’est enfin mise dans l’équation.

Et quelque chose d’étrange se passe alors: les gens qui l’entourent la sentent différente. Pas moins aimante, plus présente. Pas moins disponible, plus choisie dans sa disponibilité.

Cette femme, elle a été forgée. Par chaque nuit sans sommeil. Par chaque larme versée sans savoir pourquoi. Par chaque fois où elle a continué même quand elle ne savait plus très bien pourquoi.

C’est ça une initiation.On n’en sort pas indemne.On en sort transformée.

Est-ce qu’un de ces symptômes te parle différemment ce soir ?Est-ce qu’une de ces questions t’a arrêtée ? Prends le temps d'y répondre, pas pour moi, pour toi. C'est peut-être là que commence ton initiation. 


Con amor,

Sylvie 🌸


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